Étienne-Maurice Falconet, da Réflexions sur la sculpture, Paris, Prault, 1761

La SCULPTURE, ainsi que l’Histoire, est le dépôt le plus durable des vertus des hommes & de leurs foiblesses. Si nous avons dans la statue de Vénus l’objet d’un culte imbécille & dissolu, nous avons dans celle de Marc-Aurele un monument célèbre des hommages rendus à un Bienfaiseur de l’Humanité.

Etienne-Maurice Falconet, Pigmalione e Galatea, 1763

Etienne-Maurice Falconet, Pigmalione e Galatea, 1763

Cet Art, en nous montrant les vices déifiés, rend encore plus frappantes les horreurs que nous transmet l’Histoire; pendant que, d’un autre côté, les traits précieux qui nous restent de ces hommes rares, qui auroient du vivre autant que leurs statues, raniment en nous ce sentiment d’une noble émulation qui porte l’ame aux vertus qui les ont préservés de l’oubli. César voit la statue d’Alexandre, il tombe dans une profonde rêverie, laisse échapper des larmes & s’écrie: Quel fut ton bonheur! A l’âge que j’ai, tu avois déjà soumis une partie de la Terre; & moi, je n’ai encore rien fait pour ma propre gloire.

Le but le plus digne de la Sculpture, en l’envisageant du côté moral, est donc de perpétuer la mémoire des hommes illustres, & de donner des modeles de vertus d’autant plus efficaces, que ceux qui les pratiquoient ne peuvent plus être les objets de l’envie. Nous avons le portrait de Socrate, & nous le vénerons.

Qui sait si nous aurions le courage d’aimer Socrate vivant parmi nous?