Tommaso Piroli, da Antiquités d’Herculanum, [avec une explication par S.P. Chaudé], à Paris, chez Piranesi, chez Leblanc, Paris 1804

Cette peinture et les suivantes, ayant pour sujet des décorations d’architecture, furent trouvées dans les fouilles de Résine. On chercherait vainement, dans ces compositions bizarres, les principes ou l’application des règles de l’art; on ne doit y considérer que l’essor d’une imagination capricieuse, dont une grâce séduisante excuse à peine les écarts. La peinture, qui n’est que l’ombre des arts plus imposans, de la sculpture et de l’architecture, a pu jouer avec les formes les plus sévères et produire des prestiges brillans, comme fait l’imagination avec les ombres légères d’un songe.

Piroli, Antiquités d'Herculanum, 1804

Piroli, Antiquités d’Herculanum, 1804

Les décorateurs, qui n’avaient pour but que de remplacer la longue uniformité d’une surface par des objets agréables à la vue, se sont abandonnés sans scrupule à tous leurs caprices. Vitruve, ce grand maître de l’antiquité, dont le livre conserverait encore les principes, si tous les monumens avaient péri, s’est élevé avec une grande sévérité contre ces écarts qu’il croyait pernicieux au bon goût. Il rappelle la peinture à sa première destination, celle de représenter ce qui existe; il veut qu’elle soit aussi vraie dans la représentation de l’architecture, que dans l’imitation de tous les objets pris dans la nature; il ne peut souffrir ces fuis de candélabres, ni ces cannes légères (calami) qui prennent la place des colonnes, ni ces formes de crochets (harpaginetuli) substitués au faite imposant d’un édifice, tels qu’on les voit au couronnement de la rotonde dans notre peinture, à laquelle on peut parfaitement appliquer la critique de l’auteur latin.

Cette rotonde paraît former le milieu d’un ensemble de colonnades disposées d’une manière pittoresque. Il manque la partie gauche et tout ce qui répondrait au côté droit. L’arrangement des guirlandes et des feuillages jette de l’agrément dans les espaces et sert à marquer les distances. L’ordre ressemble à l’ionique, s’il peut être déterminé malgré le défaut de proportions. On ne peut s’empêcher de reconnaître dans ces peintures une vivacité singulière, réunie à tant de franchise et d’esprit, dans les touches des ombres et des lumières, que Vitruve qualifiait d’aspérité le relief qu’elles produisaient. Et si l’on veut revenir contre la condamnation du critique latin, on se rappellera que Raphaël a adopté ce genre de peinture pour la décoration; et le goût général avec lequel les anciens et les modernes l’ont affectionné, semble faire, avec ce jugement implicite de Raphaël, une autorité qui contre-balance l’opinion trop sévère que Vitruve avait de ce même genre.