Auguste Bernard, Geoffroy Tory, peintre et graveur, premier imprimeur royal…, deuxième edition, Paris 1865

Le roi, qui n’avait encore fait cet honneur à personne, crut devoir nommer imprimeur royal l’auteur du Champ fleury. Il était naturel, en effet, de donner ce titre à celui qui venait de montrer une si parfaite entente de l’art typographique unie à tant de connaissances littéraires, et dont le livre faisait une véritable révolution dans l’imprimerie, tant au point de vue technique et pratique qu’au point de vue grammatical et philologique;

Geoffroy Tory, Champ Fleury, 1529

Geoffroy Tory, Champ Fleury, 1529

car c’est un fait qui n’a pas été signalé encore, et que je suis heureux de constater ici: c’est à partir de la publication du Champ fleury que la typographie française introduisit dans ses caractères les accents, les apostrophes, les cédilles, dont Tory regrettait l’absence, et dont il se servit lui-même bientôt après, avant tout autre imprimeur, comme nous allons voir.

Mais le résultat le plus remarquable qu’ait produit la publication du Champ fleury fut la réforme des vieux caractères. Non seulement ce livre contribua à faire abandonner les caractères gothiques, mais il amena la refonte des anciens caractères romains. Robert Estienne, entre autres, réforma alors tous ceux qu’il tenait de son père Henri Ier, ou pour mieux dire de son beau-père Simon de Colines, et les remplaça par des caractères d’une forme nouvelle, gravés, je crois, par Tory (son élève Garamond ne paraissant pas avoir été en état de le faire encore), et qui s’est perpétuée presque sans changement jusqu’à l’époque de la révolution.

Geoffroy Tory, Champ Fleury, 1529

Geoffroy Tory, Champ Fleury, 1529

C’est en ce sens qu’on a pu dire que Tory perfectionna les caractères de Josse Bade; car je ne pense pas qu’il ait gravé aucun caractère pour ce célèbre imprimeur, établi à Paris longtemps avant que Tory se fût occupé de gravure, et mort peu d’années après la publication du Champ fleury (en 1535), sans avoir rien changé dans son mode d’impression. C’est aussi Tory sans doute qui grava les caractères italiques de Robert Estienne, lesquels ont beaucoup de ressemblance avec ceux de Simon de Colines, que j’ai déjà attribués à ce graveur.